Redonner le sourire aux « gueules cassées » : Naissance de la chirurgie maxillo-faciale

Dans le cadre du centenaire de 14-18 et pour ne pas oublier, plusieurs colloques ont été organisés dont le plus important s’intitule « gueules cassées un nouveau visage », s’est tenu le 17 et 18 octobre 2014 à Paris. Nous nous sommes intéressés dans cet article à ces hommes dont les blessures physiques et morales ont fait avancer la médecine.

Les “Gueules cassées” : qui sont-ils?

Les blessures de la face sont parmi celles qui marquent le plus profondément l’être humain et ces blessures pendant la grande guerre ont été d’autant plus importantes par l’utilisation des armes à feu (artilleries, mitrailleuses, gaz, lance-flammes etc…) qui ont déclenché beaucoup de ravages.Le nombre de blessés de la face était colossal étant donné que les visages des soldats étaient seulement protégés par des casques peu résistants aux obus et aux mitrailles, aux balles alors cette partie du corps était la plus exposée à l’adversaire.

Les blessures au visage ont été plus grandes par la position des soldats ; c’était une guerre des tranchées qui a accru la vulnérabilité des combattants car  les conditions de vie les obligeaient à bouger donc ils étaient touchés plus rapidement et plus facilement.

«On estime à 15 % de toutes les blessures celles qui ont atteint le visage. La blessure pouvait être due à une balle de mitrailleuse provoquant des fractures complexes des mâchoires, mais aussi à un éclat d’obus, occasionnant des pertes de divers tissus, peau, muqueuse, muscles, os», explique le Pr Jean-Louis Blanc, vice-président du comité scientifique de la Fondation des Gueules cassées.

Le colonel Picot, premier président des blessés de la face et de la tête avait nommé ces nouveaux blessés : « gueules cassées»

Les Gueules cassées : cette expression nous l’avons souvent lue sans la comprendre sur les billets de la Loterie Nationale. C’étaient ces dizaines de milliers de survivants que la guerre avait parfois atrocement défigurés. C’étaient des hommes, aux visages mutilés, condamnés à vivre sous les regards. Ces hommes qu’on s’interdisait de regarder.

« Sourire quand même » : la devise des “gueules cassées”

Ces grands blessés n’ont pas été seulement confrontés à des souffrances physiques.Ils étaient méconnaissables et ont dû faire face au regard de leurs proches et apprendre à vivre avec leur nouveau visage : “Certains n’ont même pas voulu retourner chez eux car ils ont pensé qu’ils allaient faire peur à leur entourage. D’autres ont été rejetés par leur  propre famille.Ils ont été oubliés et laissés pour compte car on s’est dit que cela faisait tache dans la population et tout le monde voulait reprendre sa vie”, résume François Xavier-Long spécialiste en chirurgie maxillo-faciale.

Les souffrances psychologiques et cette atteinte majeure à l’image et à la personnalité des poilus ont été longtemps ignorées; Mais dès 1921,une quarantaine de blessés au visage pour ne pas s’effondrer, ont fondé l’Union des blessés de la face. Ils n’étaient pas encore reconnus comme invalides. Rappelons que le traumatisme psychique de guerre n’a été reconnu que par le décret de 1992.

 

Cette association a été nommée « gueules cassées » et ils se ont choisi la devise “sourire quand même”.

Les « gueules cassées » ont eu ainsi ce triste privilège de développer la Chirurgie maxillo-faciale  avec la mise au point de techniques nouvelles.

Parmi les chirurgiens qui ont œuvré pour ces blessés de la Guerre nous pouvons citer : Le médecin général Ginestet qui a su joindre à une maîtrise exceptionnelle de la chirurgie reconstructrice une chaleureuse solidarité avec le blessé.

Les apports des chirurgiens :Gustave Ginestet, le pionnier

Du fait de la guerre, la science de la reconstruction faciale est sans doute celle qui a progressé le plus vite car les soldats n’auraient eu aucune chance de survivre sans elle et la doctrine de cette chirurgie de guerre était qu’«aucun blessé n’était évacué vers l’intérieur, sans avoir été préalablement examiné, pansé et opéré par un chirurgien qualifié”.

En fait, on était au tout début de la médecine d’urgence, quand il fallait accomplir sans tarder l’acte chirurgical, souvent dès le poste de secours, pour éviter que les plaies s’infectent. Il fallait stériliser le matériel, assurer une irrigation continue des plaies, utiliser les antiseptiques, à commencer par le sérum antitétanique.

Les progrès réalisés lors de la seconde guerre mondiale ,ne se résument pas seulement à l’œuvre du médecin général Ginestet, mais sa contribution à l’hôpital Desgenettes à Lyon fut considérable.

 Gustave Ginestet :Sa contribution a la chirurgie maxillo-faciale

Gustave Ginestet est considéré comme un pionnier de la chirurgie maxillo-faciale esthétique et réparatrice et  continue d’occuper une large place dans les annales médicales. L’expérience de la guerre en a fait le chef de file de prestigieuses écoles.

Gustave Ginestet naît en 1897 dans le Lot-et-Garonne et Il obtient son doctorat en médecine en 1922 et en outre le titre de chirurgien – dentiste.

Il s’est spécialisé en stomatologie et prothèse dentaire et il est resté toute sa vie attaché à cette double compétence et il s’est intéressé durant la première guerre au traitement des fractures mandibulaires, à la chirurgie de l’articulation et au prognathisme.

Gustave Ginestet a aussi participé plus tard activement à la deuxième guerre mondiale en mettant au point des techniques considérées comme les fondements de la chirurgie maxillo-faciale et reconstructrice et employa les techniques de réduction et d’autogreffes.

Il fut novateur et créa des instruments pour la chirurgie de la face : écarteurs pour extraction de dents de sagesse, appareil à torsader les fils électriques, le fixateur externe pour les fractures mandibulaires,casque pour appui crânien, aiguille à pédales.Il fut toujours très attentif à la collaboration entre les chirurgiens et les orthopédistes dento-Faciaux.

 

En conclusion, La Première Guerre Mondiale a surtout développée la chirurgie maxillo-faciale mais c’est surtout grâce à la Seconde guerre Mondiale que la chirurgie réparatrice s’est étendue dans tout le corps. Les gueules cassés ont permis un développement phénoménal de la chirurgie.

Mais la chirurgie a surtout permis de changer l’opinion de personnes qui jusque-là étaient contre la modification du corps humain de manière artificielle.